Le biographe et son biographié

De qui parle-t-on, au juste, quand on écrit une biographie du « Frère André » ?

Dans mes prochains blogues, je vais aborder cette question sous l’angle politique, de la manière suivante. Je pense qu’une biographie révèle davantage les options fondamentales du biographe que celle du biographié. Une biographie serait un moyen de faire passer une vision des choses en se servant du caractère exemplaire d’une personnalité hors du commun.

Dans le cas d’André Bessette, je considérerai trois types de biographes : les biographes ecclésiastiques, religieux et « médiatiques ». Je ne prétends pas faire le tour des genres possibles, mais j’espère susciter des commentaires émanant d’autres points de vue que le mien, afin que l’on puisse bien se comprendre : parlons-nous du même André Bessette ?

Francine D. Pelletier

Demain : « Canonisateurs et canonisés »

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2 Responses to Le biographe et son biographié

  1. Hélèna dit :

    Je suis justement en train de lire la vie de Filippo Neri et vos commentaires sur «les biographies stéréotypées» s’appliquent tout à fait à mon livre. Ce que je remarque, en tous cas dans mon livre, c’est qu’il y a une description très détaillée des faits historiques et des actions politiques qui se sont déroulées à l’époque de Filippo Neri, mais lorsque l’auteur écrit sur Filippo lui-même, il ne s’agit plus que d’une succession de superlatifs, de qualités incroyablement merveilleuses, de l’expression onirique d’une quintescence à peine envisageable. Ce procédé littéraire crée chez le lecteur une dichotomie mentale entre ce qui est «terrestre» et «spirituel».
    Suite à votre blogue, au lieu d’accepter ce procédé littéraire comme une façon d’être immuable chez les auteurs «religieux», je me suis permise de la questionner … Pourquoi faire des saints des êtres inatteignables? Comme si ce qui est concret, dans la vie de tous les jours, allaient salir leurs mémoires. Si ce qui est «spirituel» est inatteignable, cela ne m’intéresse pas!
    Filippo Neri a participé activement à la Contre-Réforme de l’Église, en plein cœur des tribulations idéologiques de la Renaissance et du protestantisme, il a conseillé des papes, il a confessé, il a soigné, il a guéri des milliers de personnes. C’est concret ça. C’est intéressant ça.
    Votre approche, vos perspectives, vos conjectures, me donnent à penser que vous allez aborder le Frère André en le gardant dans son contexte historique, les deux pieds sur terre. J’ai hâte de vous lire!

    Hélèna

  2. Francine D. Pelletier dit :

    Bonjour, Hélèna! J’avoue que j’éprouve une émotion certaine à connaître ma première interlocutrice. Je regrette de n’avoir pu vous répondre aussitôt. Je suis présentement dans une région éloignée où les communications sont moins aisées. Tout devrait aller mieux la semaine prochaine.

    Je suis d’accord avec vous en ce qui concerne la dichotomie terrestre-spirituel, elle se représente sans cesse, sous différentes formes. Elle joue beaucoup du point de vue politique. Si vous continuez à lire mes blogues, peut-être avez-vous l’impression que je ne fais que tourner autour de la biographie d’André Bessette, qu’elle me sert de prétexte pour faire une certaine critique de nos attitudes relatives à la sainteté, au religieux en général, en faisant justement ressortir l’angle politique, que je préfère. Au fond, je ferais ce que je déplore : devenant moi-même biographe, je serais en train de forger mon propre biographié de nom «André Bessette».

    Vous n’auriez pas tort. J’ai cette impression moi-même. Quand j’ai décidé de participer à l’expérience de Bloques@rebours à l’occasion de la canonisation du «Frère André», je me proposais de faire des recherches d’ordre un tant soit peu historique dans l’intention de découvrir des aspects oubliés. Or, il me semble qu’André Bessette, la personne, reste inatteignable puisque les documents que nous en avons sont tous passés à travers le prisme des témoins et des rédacteurs. Je ne rejette pas ce qu’ils ont dit ou écrit, mais à partir de là, que pourrais-je prétendre y ajouter ?

    J’ai donc adopté une stratégie.

    Politiquement, j’ai remarqué que les enjeux les plus importants suscitaient les résistances les plus grandes. Alors je conjecture : l’essentiel ne serait pas le plus loué, mais ce que l’on tait, ce que l’on méprise, ce que l’on essaie de faire passer au second plan, de rendre plus «assimilable», parce qu’il menace un certain ordre établi. Ma stratégie consiste donc à cibler ce qui m’apparaît comme un détournement de la visée d’André Bessette : quel est cet essentiel que l’on ne veut pas entendre ou du moins sur lequel on voudrait mettre des bémols parce qu’il dérange notre ordre des choses ? Mon hypothèse est que cet essentiel est justement la part novatrice du charisme d’André Bessette. Je crois qu’éventuellement, on pourrait appliquer la même stratégie pour mieux saisir la part novatrice de chaque «saint» ou «sainte». Qu’en pensez-vous ? Par exemple, quel est l’aspect novateur, intempestif, de Filippo Neri, que l’on s’efforcerait de faire rentrer dans le rang parce qu’il contrevient aux critères communs d’une sainteté «bien élevée» ?

    Je conçois beaucoup mon blogue comme une expérience d’échanges de nos perceptions pour nous aider à sortir des sentiers battus en quête de ce qui est essentiel, notamment dans la canonisation d’André Bessette.

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